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Philippe Monnet
Philippe, il s’en est fallu de peu que vous ne preniez pas le départ…
Le contrat avec « La Boite à Pizza » a été ficelé très tardivement. A cinq jours du départ… c’est vrai que je commençais à me poser quelques questions. Ce bateau, je l’ai acheté à Oman grâce à l’aide d’un associé, j’ai embauché des gars pour le ramener du Golfe. Je me suis préparé à Monaco puis à Lorient, juste avant l’épreuve. Avec de tels bateaux, on arrive vite à 400 000 euros d’investissement. Mais cela fait 25 ans que je travaille avec les mêmes partenaires, ils me font confiance. Ils savent que ça vaut le coup. Après, en temps de crise, ce sont ceux qui se bougent le plus qui s’en sortent, aussi bien du côté des marins que des sponsors. Nous dans la course, eux dans le business.
Ces difficultés ont-elles affecté votre préparation ?
Ce n’est jamais facile de se préparer dans l’urgence. Je n’aurais pas pu partir sans budget. J’avais déjà dépensé tout mon argent. Le pari était osé, mais au final ça a marché. Aujourd’hui, beaucoup de grands marins restent à terre. Il y a des grands noms qui n’ont jamais retrouvé de l’argent malgré leurs victoires, Laurence Arthaud ou Laurent Bourgnon. De temps à temps, il faut aller à la guerre avant de prendre le départ sur l’eau. La première guerre, elle est à terre.
Quelles seront vos ambitions ?
On est six bateaux à pouvoir gagner. Je suis un peu moins rapide que les autres, mais ils ne vont pas pouvoir se contrôler en permanence. Il y aura forcément des opportunités météo. Je ne laisserai passer aucune opportunité de me faufiler. Les autres sont tous de très bons marins. Ils ont fait leurs preuves. Après, il y a la mer… Et je connais parfaitement mon bateau, même si les autres le connaissent plutôt bien aussi.
Que pensez-vous du retour des monstres des mers ?
C’est bien, ça bouche un trou. Il n’y a plus de classe reine, du coup la Route du Rhum est ouverte à tous les bateaux. Jusqu’à présent, le gigantisme n’a pas payé. On verra si Groupama, l’extrême de la grandeur, dominera face aux bateaux médians ou face au mien. Si je peux mettre un peu le foutoir là-dedans, je ne me gênerai pas !
La route du Rhum marque pour vous le début d’une longue aventure …
Aujourd’hui, construire un bateau comme le mien, c’est 5 millions d’euros plus 1,5 million d’entretien par an. Avec la crise, autant aller à la pêche pour être sûr de manger le soir. Ce bateau, je le veux pour le dernier défi restant en mer : le tour du monde en solitaire en multicoques sans escale. Ça n’a jamais été fait. Je connais bien depuis vingt ans maintenant tous les endroits pourris du Sud, le Cap Horn, etc. Pour moi, il n’y a que ce bateau qui puisse me permettre de faire ça. L’an prochain, je pars sur ce tour à l’envers, après j’ai une campagne de trois ans à travers le monde aux Etats-Unis et dans les pays émergents, Chine, Inde, Japon, Afrique du Sud, pays arabes…
Cette route du Rhum ne serait-elle qu’une mise en jambes ?
C’est une petite mise en jambes, mais elle est belle (rires)…
Un marin multisports
Avant de devenir un marin émérite, Philippe Monnet s’est essayé à plusieurs disciplines sportives. Le Savoyard a débuté par le ski acrobatique, avant de se muer en pilote de motocross. Il a également pratiqué l’équitation à un bon niveau. Au point d’intégrer l’équipe de France de jumping à la fin des années 1970. Son exil sur la côte d’Azur, à Cannes, lui a ensuite offert la possibilité d’assouvir sa passion pour la voile. Auteur du tour du monde à l’envers sans escale en 2000, il a déjà participé à la Route du Rhum. Il s’est classé sixième en 1998.