Philippe Croizon
« C’était la nage la plus dure de toute mon existence. » L’exploit est colossal. Philippe Croizon est parvenu à relier à la nage les cinq continents. L’homme de 44 ans est quadri-amputé, privé de ses jambes et de ses bras. Ce samedi, l’auteur du livre « J’ai décidé de vivre » en 2006, accompagné de son fidèle guide et ami Arnaud Chassery, a franchi « la ligne d’arrivée » symbolisée par la Petite Diomède, près du détroit de Béring, à 15h heure locale. « C’était assez incroyable, raconte Philippe Croizon. On est arrivé sur la Petite Diomède avec un temps assez magnifique et extraordinaire. C’était un très beau spectacle.»
Victime d’une électrocution en 1994, il s’était fixé cet objectif de faire le tour de la planète. Malgré son handicap, il n’a jamais renoncé. « Il fallait le finir, ce tour du monde. Je ne pouvais pas lâcher l’affaire, précise le nageur. Je voulais relier les cinq continents symboliquement. Et là, la dernière nage a vraiment été symbolique. J’ai vécu une aventure incroyable. Je suis fier de ce qu’on a fait en quatre mois de temps. » Tant physiquement que mentalement, Philippe Croizon a été exceptionnel.
« Les Russes nous ont menacés de nous mettre en prison »
« On est partis pendant la tempête avec un brouillard très épais. On n’a vu ni la Petite ni la Grande Diomède. On se guidait à l’aveugle, souligne le Châtelleraudais. L’eau était à 4 degrés. C’était un dépassement de soi du début à la fin. C’était vraiment très dur. C’est une aventure humaine incroyable. On a rencontré beaucoup de population. C’est un bonheur sans nom. » Une épopée que Philippe Croizon n’aurait jamais pu réaliser sans Arnaud Chassery. « Mon camarade me tirait vers l’avant », explique le héros des mers, qui était équipé de palmes fixées sur les moignons de ses cuisses.
Désormais, ce passionné de plongée sous-marine veut se reposer. Mais il va conserver une petite amertume de son expédition. « J’aurai toujours un pincement au cœur, à savoir ne pas avoir pu toucher la Grande Diomède qui était pourtant si près. Il fallait l’autorisation des autorités russes. Malheureusement, elle n’est jamais arrivée. Ils nous ont même menacés de nous mettre en prison si on s’approchait trop près de l’île. » Alors que les Jeux Paralympiques approchent (29 août-9 septembre), Philippe Croizon sera présent dans le stade olympique. Ce sera à son tour de contempler les exploits…