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Damien Seguin
Dans la cour d’école déjà, sa voix devait portait un peu plus que les autres. Damien Seguin est un leader né. Quelques secondes passées en sa compagnie suffisent à apprécier combien son rang de porte-drapeau de l’équipe de France paralympique relève de l’évidence. Fort de deux campagnes olympiques qui l’ont vu décrocher l’or à Athènes (2004), puis l’argent à Pékin (2008) à bord d’un petit bateau d’à peine plus de deux mètres, il avoue prendre beaucoup de plaisir dans ce rôle de « catalyseur d’énergie », comme il le définit lui-même. « Je ne me force pas du tout. Ça vient vraiment naturellement, confie Damien. J’aime beaucoup échanger avec les autres. Je le fais avec mon cœur, ça se passe très bien. »
A 10 ans, l’enfant né sans main gauche assiste fasciné à l’arrivée des voiliers de la Route du Rhum sur une plage de Guadeloupe. Une vocation est née. A force de détermination et de talent, il s’ouvrira même les portes du monde très fermé de la course au large, au milieu des Desjoyaux, Le Cam et Peyron. Avec succès, comme en témoigne sa 10e place lors de la Route du Rhum 2010 et sa superbe 2e place sur la Transat Jacques Vabre 2011, dans la catégorie des Class 40 (des bateaux d’un peu moins de 13 mètres). Une réussite exceptionnelle qu’il transpose à ses activités à terre. Prof d’EPS, le jeune papa s’occupe également de son association « Des pieds et des mains », qui facilite l'accès aux sports nautiques pour les handicapés.
Les spaghettis du Chinois manchot
A Londres, Seguin s’est fixé un fixé un triple-objectif. Décrocher l’or olympique pour la seconde fois, accompagner les 153 autres athlètes de la délégation tricolore et porter haut les valeurs d’un sport paralympique souvent ignoré. « Pendant les Jeux, il y aura des erreurs à ne pas commettre. Il faut rester fixé sur ses objectifs. Je veux qu’on se soutienne les uns les autres. Et si je peux éviter à certains de faire des erreurs, au moins j’aurais servi à quelque chose, glisse l’athlète de 32 ans. On se doit de passer un message qui va au-delà du sport et aujourd’hui, on est en train de réussir ça. Je prends une leçon de vie à chaque fois que je me déplace sur un entraînement. »
L’esprit qui anime ces athlètes hors du commun, Damien aime à le résumer avec une histoire datant des Jeux Paralympiques de Pékin. « On était dans un immense réfectoire, raconte Seguin. J’étais en face d’un nageur chinois. Il n’avait pas de bras et il mangeait un plat de spaghettis bolognaises. Et je me demandais : ‘Mais comment il va faire ?’ Il voyait que je me posais cette question. Il se met à sourire, il met la tête dans l’assiette et ressort avec de la bolognaise partout », s’amuse Seguin avant de poursuivre : « C’est ça aussi. Il n’y a pas à se cacher, à avoir honte de son handicap. »